Cadavre : Je ne sais si j’ai vu celui de mon père. Je me souviens avoir été à son enterrement. Sa mise en boîte et non sa mise en terre. L’agitation, le vent, la grêle. Je ne me souviens pas si j’ai pleuré. Je ne pense pas, on s’est montrés forts avec mon frère. Les deux petits bouts courageux venus enterrer un symbole de la liberté, l’un des premiers martyrs de la dictature. Je ne sais si j’ai compris que mon papa était mort avec toute cette mascarade. Peut-être que j’ai vu son cadavre, peut-être non. Est-ce que si je l’avais vu, je m’en souviendrais forcément ? Est-ce que j’aurais mieux compris ? La dernière fois que j’ai vu mon père il était vivant en prison. Je ne m’en souviens pas non plus, est-ce que si je m’en souvenais je ferais le rapprochement avec ce mort aux plaques commémoratives ? Aujourd’hui, j’ai pleuré mon père, je ne sais pas si c’est la première fois, peut-être qu’avec ces larmes partira l’illusion qu’il pourrait surgir à tout moment. Que ma vitalité pourrait me le ramener. Mon père était viable jusqu’à son dernier souffle.
----------
Edité le 09/04/2009 à 12:26 par air nama
|